Les constructeurs de véhicules de loisirs participent pleinement à la dynamique économique non seulement dans les zones touristiques, mais aussi dans des territoires semi-ruraux.

Tourisme, industrie, emploi, l’univers des camping-cars est un moteur de développement local à bien des égards. Les camping-cars offrent des emplois pérennes dans les territoires semi-ruraux au sein des 30 sites industriels que compte la profession en France. Au total elle emploie ainsi 6 500 personnes, auxquelles s’ajoutent tous les sous-traitants. Une vitalité en termes d’emplois qui a des retombées importantes dans la vie locale. C’est pourquoi les communes s’attachent à faciliter l’installation et le développement des entreprises de camping-cars et de mobil-homes sur leur territoire.
« Les entreprises de VDL ont un savoir-faire qu’elles arrivent à développer, y compris à l’export. »
Frédéric Sausset, maire de Tournon-sur-Rhône
Autour de Tournon-sur-Rhône, par exemple, commune ardéchoise de 11 700 habitants, ce territoire compte quelques grosses entreprises comme Trigano (groupe d’entreprises de véhicules de loisirs), Fareva (sous-traitant industriel) ou Valrhona (chocolatier) qui sont de véritables locomotives industrielles. « Depuis les premières crises économiques, il n’y pas eu, ou très peu, de destruction d’emploi sur notre territoire, relève son maire, Frédéric Sausset. Ces entreprises ont en effet un véritable savoir-faire qu’elles arrivent à développer sur le territoire national, y compris à l’export. Après la crise sanitaire, Trigano a d’ailleurs embauché pour faire face à la demande. » Résultat, la commune a gagné 1 000 habitants en cinq ans, nombre de personnes étant venu s’y installer afin de limiter les déplacements domicile-travail. Un constat important car les salariés qui vivent dans la commune consomment sur place. « Nous connaissons un fort développement économique et du commerce de proximité, poursuit Frédéric Sausset. Notre ville a une rue piétonne de 80 commerces. »
Des entreprises impliquées dans la vie locale

Autre facteur de vitalité pour le territoire, l’engagement des entreprises dans le monde associatif. Beaucoup sont partenaires d’associations sportives ou culturelles. « Leurs salariés s’impliquent dans le bénévolat, créant une synergie indispensable à la vitalité d’une commune, souligne l’édile. Tout cela crée la vie et l’attractivité d’une cité. » Des constats largement positifs. Reste cependant le problème du foncier, le terrain étant rare. « Nous chassons les quelques friches industrielles qui subsistent, mais j’estime que le foncier est le vrai sujet d’avenir pour notre commune », conclut Frédéric Sausset.
« Nous avons environ 70 % de nos fournisseurs en France dont près de 30 % localisés dans un rayon de moins de 100 km autour de nos usines de Nantes et d’Angers. »
David Slagowski, directeur industriel du groupe Pilote
À Brantôme-en-Périgord, commune de Dordogne d’environ 3 800 habitants, le fabricant de vans et fourgons aménagés Font Vendôme (groupe Trigano) emploie environ 200 personnes. « 37 % d’entre eux habitent dans un rayon de quelques kilomètres autour de l’usine, constate Monique Ratinaud, maire de la commune. « Cela permet donc de maintenir des jeunes sur place et les services qui vont avec. D’ailleurs, nous aidons à faire construire une vingtaine de logements avec des loyers accessibles pour loger les salariés et éviter qu’ils aillent s’installer sur des communes plus éloignées. » Une présence appréciée qui a conduit la communauté de communes à libérer un terrain afin que Font Vendôme puisse les acquérir en vue d’un agrandissement futur. « Par ailleurs, nous avons beaucoup aidé l’entreprise au niveau administratif pour qu’elle puisse obtenir un permis de construire, poursuit Monique Ratinaud. Un effort qui témoigne de l’importance de Font Vendôme pour le territoire.

« Nous avons beaucoup aidé l’entreprise au niveau administratif pour qu’elle puisse obtenir un permis de construire en dépit des contraintes. »
Monique Ratinaud, maire de Brantôme-en-Périgord
Des usines… et des sous-traitants
En matière de sous-traitance, l’industrie des VDL a tendance à privilégier les acteurs locaux lorsque cela se révèle possible. « Pour les pièces manufacturées suivant notre design, l’essentiel de nos fournisseurs est situé dans le Grand Ouest de la France et nous profitons pleinement du tissu industriel local à chaque fois que cela est possible, pour différentes technologies (plasturgie, composites, tôlerie, confection, câblage…), explique Nicolas Rousseau, directeur général du groupe Rapido. Pour les produits catalogues, nos fournisseurs sont européens, avec une grande partie entre l’Allemagne et l’Italie. Pour ces produits, il n’y a pas vraiment d’acteurs en France et pas suffisamment de volume à notre échelle pour susciter et justifier une implantation locale. »
« Nous faisons appel à un maillage de fournisseurs locaux chaque fois que c’est possible, mais nous sommes dépendants des capacités de nos fournisseurs à délivrer des produits conformes à nos cahiers des charges techniques, ajoute David Slagowski, directeur industriel du groupe Pilote. Nous avons environ 70 % de nos fournisseurs en France dont près de 30 % localisés dans un rayon de moins de 100 km autour de nos usines de Nantes et d’Angers. Mais nous sommes contraints de faire appel à des fournisseurs étrangers (environ 30 %), pour des raisons de fiabilité technique ou pour des raisons de compétitivité. »

« Nous travaillons avec des fournisseurs de proximité qui ont des compétences clé pour nous, mais nous développons également des relations fortes avec tous nos fournisseurs européens, remarque Olivier Marduel, directeur général de Trigano VDL. Il est essentiel de travailler avec les fournisseurs les plus performants pour nos marchés. Et lorsqu’il n’y a pas de sous-traitants proches, l’anticipation, la planification et la qualification de nos différents fournisseurs permet de sécuriser notre activité au quotidien. Nous misons sur un partenariat de long terme avec nos fournisseurs qui permet une bonne anticipation des cycles industriels. »
Des emplois parfois difficiles à pourvoir
À Mayenne, l’entreprise Rapido emploie 447 CDI, 6 CDD, 13 contrats en alternance et environ 120 intérimaires. « Nous éprouvons des difficultés de recrutement pour les postes en logistique. En effet, ils nécessitent à la fois des CACES1, mais également des visites médicales à jour. Or il existe une pénurie de médecins du travail, qui rend difficile et contraignant le processus de recrutement, explique Nicolas Rousseau, directeur général du groupe Rapido. Par ailleurs, pour les postes en atelier, il y a peu de compétences techniques disponibles en raison d’un taux de chômage très faible dans le territoire. »
Dans ce contexte, Rapido joue un rôle clé dans la formation en alternance et la transmission des savoir-faire industriels, favorisant ainsi le maintien des jeunes dans le département. Implanté à la lisière de Nantes et Angers, des territoires attractifs où la population active est plutôt en hausse, le groupe Pilote éprouve lui aussi certaines difficultés de recrutement. « Nous employons plusieurs centaines de collaborateurs en CDI dans nos différentes usines, et avons également recours au travail temporaire pour gérer la variation de l’activité et les surcroîts de travail, souligne David Slagowski, directeur industriel du groupe Pilote. Nous faisons face, comme toute entreprise industrielle, à certaines difficultés de recrutement pour les métiers dits en tension, comme la maintenance, ou bien lorsque l’activité locale est très intense. Cela met les différents employeurs en concurrence pour le recrutement de collaborateurs. Nous travaillons pour cela notre attractivité et mettons en place des partenariats avec certains organismes pour former des demandeurs d’emploi à nos métiers ».
« Nous profitons pleinement du tissu industriel local à chaque fois que cela est possible. »
Nicolas Rousseau, directeur général du groupe Rapido

Les entreprises des véhicules de loisirs connaissent une croissance soutenue qui se traduit par une augmentation régulière de ses effectifs, tout en développant des actions de formation pour accompagner la montée en compétence de leurs salariés. « Nous sommes parmi les premiers employeurs d’Ardèche avec cette volonté de faire rayonner l’industrie dans le secteur via notamment notre appartenance à Vilesta (cluster industriel), poursuit Olivier Marduel, directeur général de Trigano VDL, dont le siège se trouve à Tournon-sur-Rhône. Le Campus Trigano VDL (école de formation interne) présent dans le site forme également chaque semaine les futurs opérateurs et employés pour permettre de faire grandir l’entreprise et les équipes. »
En termes d’emplois, Trigano VDL pilote ses activités et ses ressources au quotidien en fonction des différentes saisonnalités et des temps forts du site. « Notre implantation à Tournon-sur-Rhône depuis de nombreuses années nous permet aujourd’hui d’avoir un réseau important et d’anticiper au mieux pour gérer nos plans de production, ajoute Olivier Marduel.
Des touristes toute l’année
Outre l’aspect industriel, les véhicules de loisirs favorisent le tourisme et ses retombées économiques. Les660 000 véhicules immatriculés en France représentent un flux touristique important, d’autant que les camping-caristes n’hésitent pas à se rendre dans les territoires ruraux. Ils circulent toute l’année et consomment dans les commerces locaux.
De nombreuses communes l’ont bien compris et se mobilisent pour bien recevoir ces touristes itinérants. Le territoire français dénombre environ 8 000 aires de services dédiées aux camping-caristes. Accueillir comme il se doit cette clientèle est d’ailleurs un véritable enjeu, à l’image des villes membres du label « Villages étapes ». Ainsi, parmi les obligations que les communes candidates doivent respecter pour obtenir cette marque, il y a la présence d’aire d’accueil des camping-cars disposant de tous les services nécessaires. Les commerçants des Villages étapes sont très satisfaits de la présence des nombreux camping-caristes. « Camping-cars et voitures viennent davantage à Crevin (35) depuis qu’il y a le panneau Village étape, » remarque Béatrice Texier du bar-tabac-presse “Chez Béa”. « Ils fréquentent les commerces alimentaires, viennent chercher du tabac et boire un verre à l’occasion. C’est un complément. » Les entreprises des véhicules de loisirs soutiennent l’économie et l’emploi locaux ; permettent aux territoires de développer activités et maintien des commerces. Tout le monde y gagne.
