La problématique du logement des saisonniers touristiques est criante. Cette difficulté concerne aussi d’autres secteurs. Pour y faire face, des salariés choisissent les VDL.

Loger les saisonniers est ardu : pénurie de logements, faiblesse du foncier disponible, concurrence avec les locations de type Airbnb, tarifs élevés… Les besoins sont supérieurs à l’offre. Ce phénomène touche également le secteur du bâtiment et les grands chantiers, comme les centrales nucléaires. Pour faire face à ces difficultés, un nombre croissant de salariés mobiles choisissent désormais de séjourner en camping-car, caravane ou mobil-home.
Comment loger les salariés qui interviennent dans des zones tendues en matière d’hébergement touristique ? Et comment héberger ceux qui travaillent dans des territoires peu équipés pour accueillir des ouvriers ou des techniciens indispensables au bon fonctionnement de leur secteur d’activité ?
Dans le BTP, les structures de type Algeco sont toujours d’actualité, mais un nombre croissant d’intervenants aspirent à davantage d’intimité, de confort et d’autonomie. D’où la montée en puissance de l’hébergement des salariés en mobil-homes, camping-cars ou caravanes.
Le phénomène est évidemment courant dans le secteur de l’hôtellerie de plein air, où de nombreux saisonniers occupent une chambre dans un mobil-home du camping où ils travaillent. Cette tendance gagne peu à peu d’autres secteurs d’activité, comme les grands chantiers d’EDF. Surtout, des communes s’impliquent désormais aux côtés de ces acteurs pour accueillir au mieux leurs salariés.
Un bon accueil à Rochemaure et La Chapelle-sur-Loire
Rochemaure est située près de la centrale de Cruas-Meysse, en Ardèche. Lors du conseil municipal du lundi 4 novembre 2024, le maire de la commune, Olivier Faure, a souligné « l’enjeu touristique et économique de l’accueil des camping-cars dans le cadre du grand carénage du CNPE¹. Un certain nombre de prestataires ont fait du camping-car leur mode d’hébergement durant leur mission dans notre territoire. Il est donc apparu nécessaire d’organiser leur accueil pour leur offrir un espace dédié offrant les services indispensables à leur séjour ».
L’édile a par ailleurs indiqué que « les camping-caristes consomment localement ». C’est pourquoi la commune a collaboré avec EDF pour créer une aire d’accueil d’une douzaine de places pouvant accueillir aussi bien les touristes que les prestataires d’EDF. Une mission d’aménagement confiée à AireServices. Ce projet a coûté environ 112 000 euros, comprenant le terrassement.
Toujours dans le secteur de l’électricité, le camping municipal de La Chapelle-sur-Loire accueille les camping-cars ou caravanes des travailleurs de la centrale nucléaire de Chinon. Il propose un tarif dégressif en fonction de la durée de location de l’emplacement : 12 € les 24 heures et 70 € les 7 jours.
Pour les saisonniers
De son côté, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) 41, en partenariat avec Action Logement, l’Agence de développement touristique (ADT) et le Conseil départemental du Loir-et-Cher, a lancé une expérimentation innovante pour proposer des logements accessibles aux saisonniers.
« Cela s’est traduit par l’acquisition de quatre mobil-homes reconditionnés : deux dans la commune de Saint-Laurent-Nouan et deux dans la commune de Vallières-les-Grandes, en cours d’installation après quelques travaux préparatoires, explique-t-on au Conseil départemental du Loir-et-Cher. Cette implantation permet de répondre aux besoins du secteur et de ne pas concentrer l’offre sur un seul et même site. Les deux mobil-homes de Saint-Laurent-Nouan ont été loués durant la saison 2025. Ils sont de nouveau occupés en 2026 par des salariés du Relais de Chambord. »
Les loyers sont encadrés pour favoriser l’hébergement des travailleurs saisonniers. Le coût de la location ? 300 € mensuels, plus 50 € de charges, pour un mobil-home une chambre et 350 €, plus 100 € de charges, pour un deux chambres.
Des exemples qui montrent bien que les véhicules de loisirs constituent une solution intéressante pour accueillir dans de bonnes conditions des salariés indispensables au bon fonctionnement de certains secteurs économiques.
Coût du projet de quatre mobil-homes reconditionnés
Le projet concerne des logements destinés aux saisonniers à Saint-Laurent-Nouan et à Vallières-les-Grandes.
Coût total du projet : 51 120 € TTC.
Subventions :
- Action Logement, dans le cadre d’AL’INOV : 20 448 €
- Conseil départemental : 18 660 €
- ADT : 12 000 €
- UMIH : financement du solde et des premiers équipements, notamment la vaisselle et les draps
Trois questions à Laurent Jacques, maire du Tréport

« Une aire de camping-cars réservée aux salariés du grand chantier EPR de Penly »
Pourquoi avez-vous racheté un camping pour loger le personnel du chantier de l’EPR2, à la centrale nucléaire de Penly ?
La ville n’a pas acheté seulement un camping. Elle a pu acquérir le « Domaine Crèvecœur », une ancienne ferme qui n’était plus en activité de longue date. Il comprenait un logement principal, un logement annexe, des terres et un camping à la ferme qui avait fermé ses portes l’an passé. La ville du Tréport y a vu l’opportunité d’aménager une aire de camping-cars dans une partie de ce domaine.
Une parcelle qui accueillait des bungalows a donc été aménagée pour la réalisation de cette nouvelle aire de camping-cars, pour une superficie totale de 5 300 m². Elle comprend 55 emplacements de 40 m² chacun.
Il a été décidé de la réserver aux salariés du grand chantier EPR de Penly pour deux raisons. D’une part, pour ne pas faire perdre de place aux camping-caristes « classiques » qui fréquentent nos deux autres aires. D’autre part, il s’agissait d’assurer une aire dédiée à des salariés qui ont besoin de se reposer au terme de leur journée de travail. Dans quelques années, lorsqu’il n’y aura plus de besoin de logement pour les salariés de Penly, cette aire sera ouverte au public.
Pourquoi avoir réalisé cette aire ?
Les réunions destinées à préparer le grand chantier nous ont permis de nous assurer que la demande est bien réelle de la part de salariés qui préfèrent l’autonomie de leur camping-car à un logement en hôtel ou autre type de location. Cette aire est située à proximité de la ville, dans un cadre champêtre, à 17 km du centre électronucléaire. Elle a ouvert le 1er juin ; nous nous attendons à un vrai succès.
Comment a-t-elle été financée ?
Le montant de la dépense, c’est-à-dire la partie du terrain concerné et ses aménagements, est de 811 000 €. La Ville a bénéficié d’aides financières qui avoisinent les 80 %, avec la participation d’EDF dans le cadre du grand chantier EPR, une subvention de la Communauté de communes des Villes Sœurs et, enfin, une subvention du Département de Seine-Maritime.
