La Nouvelle-Aquitaine séduit les camping-caristes

En Nouvelle-Aquitaine, le tourisme est un pilier économique. Les camping-caristes, présents toute l’année et libres de leurs itinéraires, participent à la vie des territoires, des centres-villes aux villages les plus excentrés.

Mer, ville, campagne, montagne, la Nouvelle-Aquitaine a de quoi séduire les camping-caristes les plus exigeants. « La Nouvelle-Aquitaine est la première région touristique de France par sa superficie et l’une des toutes premières en fréquentation », explique Antony Delmar, directeur général adjoint du Comité régional du tourisme de Nouvelle-Aquitaine, chef du pôle marchés et promotion. Sa force tient à la diversité de ses paysages et de ses expériences : 900 km de littoral atlantique, grands espaces naturels, vignobles d’envergure internationale, patrimoine remarquable, mobilités douces (vélo, randonnée, fluvial). Le littoral concentre environ la moitié des nuitées, avec de forts pics estivaux. Les grandes villes, quant à elles, génèrent une fréquentation continue toute l’année. Les territoires ruraux et naturels facilitent l’itinérance, l’œnotourisme et le tourisme de pleine nature. »

Chiffres-clés du tourisme en Nouvelle-Aquitaine

  • Environ 180 à 200 millions de nuitées touristiques annuelles selon les années
  • Première région française d’hôtellerie de plein air
  • Plus de 30 000 emplois touristiques directs
  • 16 sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco
  • 35 « Plus Beaux Villages de France »
  • 4 600 restaurants, dont 59 étoiles
  • 1ère région œnotouristique de France avec 6,2 millions de visiteurs
  • 970 km de côtes
  • 40 ports
  • 3 stations de ski
  • 51 000 kilomètres de sentiers pédestres
  • 4 977 km de pistes cyclables
  • 8 espaces naturels protégés (23 % du territoire)

À Aubusson (23), des camping-caristes accueillis à bras ouverts

Dans la Creuse, Aubusson a opté pour la gratuité de l’aire de camping-car qui propose 70 emplacements ainsi que l’accès à l’eau et à l’électricité. Une décision dont la ville ne peut que se féliciter puisque 30 à 40 camping-cars y sont régulièrement présents. Située à 5 min du centre-ville, l’aire est conseillée car le stationnement des camping-cars n’est pas simple dans la ville, sans qu’il n’y ait d’interdictions. « Les camping-caristes sont une réelle clientèle touristique que nous sommes contents d’avoir car le tourisme est un levier économique très important pour notre ville sachant que durant un été nous accueillons plus de 100 000 visiteurs », souligne Agnès Florentin, chargée de mission revitalisation du centre-ville dans le cadre du programme « Petite ville de demain » à la mairie d’Aubusson. « On sait qu’ils sont très présents dans les commerces et qu’ils réalisent de nombreuses balades autour du patrimoine bâti. Ils visitent la Cité internationale de la tapisserie, prennent le temps de la découverte. L’aire est située en hauteur, on les voit ainsi remonter les bras chargés de paquets. » Aubusson recense ainsi 120 boutiques de centre-ville pour une population de 3 500 habitants. « En France c’est le plus important taux de commerces de centre-ville rapporté au nombre d’habitants », détaille Agnès Florentin.

1 100 aires en Nouvelle-Aquitaine

Des petites aires disséminées dans la montagne béarnaise aux espaces de stationnement verdoyants des châteaux bordelais en passant par les campings de la côte atlantique, l’offre d’accueil pour les camping-caristes est nombreuse et diversifiée. Au total, les camping-caristes représentent ainsi environ 9 millions de nuitées par an, contribuant au développement touristique de la région. « Ils voyagent volontiers au printemps et à l’automne, et certains circulent en hiver. C’est la saison idéale pour visiter les destinations littorales et éviter les pics de fréquentation estivaux avec des désagréments qu’ils peuvent engendrer », souligne Antony Demel. « Ils participent donc activement à l’allongement de la saison touristique, enjeu majeur pour la soutenabilité économique et environnementale. » Ils sont également partie prenante du développement de l’œnotourisme, un segment phare du tourisme néo-aquitain avec 6,2 millions de visiteurs amateurs de bons vins en 2024 en Nouvelle-Aquitaine. « L’itinérance se prête naturellement à l’œnotourisme, notamment autour du vignoble de Bordeaux, du Cognac ou des vignobles du Sud-Ouest », remarque Antony Demel. « Les camping-caristes recherchent des expériences authentiques : visites de domaines, rencontres avec des producteurs, découverte des savoir-faire artisanaux. Ce sont des clientèles curieuses, attentives à la qualité et souvent prescriptrices. »

Les communes rurales faiblement dotées en hébergements marchands

Si les camping-caristes ne boudent pas les plages le long des côtes, ils fréquentent également les territoires les plus excentrés. « Ils irriguent des communes rurales parfois peu dotées en hébergements marchands », se félicite Antony Demel. Leurs dépenses quotidiennes bénéficient directement aux commerces de proximité : alimentation, marchés, restauration, visites, caves, artisanat. Ils contribuent ainsi à une économie diffuse et territorialisée, particulièrement précieuse pour les petites communes. Ils permettent donc de dynamiser le tourisme dans les zones ne disposant pas de réelles infrastructures touristiques. « Ce constat est une certitude et c’est aussi pour cela que de nombreux investissements ont été réalisés ces dernières années pour pouvoir proposer des aires de camping-cars dans tout le territoire de la Creuse, souligne Romain Conversin, chargé de communication relations presse et sport nature chez Creuse Tourisme. Les camping-caristes sont importants dans une stratégie où nous souhaitons profiter au mieux de la fréquentation touristique toute l’année. »

Une clientèle en progression

En Corrèze, les camping-caristes sont également une clientèle appréciée et en hausse constante, notamment depuis 2020. Le département compte 70 aires de camping-cars implantées dans 56 communes du département. « C’est un investissement conséquent réalisé par les communes et les campings pour attirer cette clientèle et l’accueillir dans de bonnes conditions », constate Marie Saule, directrice de Corrèze Tourisme. 65 % des aires sont localisées en bordure d’un lac ou d’une rivière qui sont des marqueurs identitaires forts de la Corrèze. Leur implantation aux quatre coins du département permet évidemment de faire découvrir les différentes facettes du territoire. En outre, le réseau routier dense et bien entretenu favorise incontestablement le camping-cariste. Elle ajoute : « La clientèle des camping-caristes est très intéressante pour la Corrèze, et ce sur plusieurs plans :
• d’une part, la durée moyenne de séjour des camping-caristes est de 5,3 jours contre 4,8 pour l’ensemble des séjours en hébergement commerciaux ;
• d’autre part, la clientèle des camping-caristes contribue à l’élargissement de la saison touristique puisque 55 % d’entre eux visitent la Corrèze hors saison ;
• enfin, c’est une clientèle qui soutient l’activité économique du territoire, faisant fonctionner les sites touristiques, les restaurants et les commerces de proximité. »

Une contribution à l’économie locale également saluée dans la Creuse. « Les camping-caristes apportent beaucoup de dynamisme au territoire en consommant dans les restaurants, en achetant dans les magasins et en visitant les sites touristiques autour d’eux », explique Romain Conversin.

« Le chiffre d’affaires induit par les camping-caristes serait de 5 millions d’euros »

Questions à Juliette Henry, cheffe de projet Avenir Montagne Béarnaise

Pourquoi remettez-vous à jour votre schéma d’accueil des camping-caristes ?
Depuis plusieurs années, on note l’essor constant du camping-car, devenant aujourd’hui un enjeu touristique et économique majeur pour de nombreux territoires. En Montagne Béarnaise – regroupant les Communautés de Communes du Haut-Béarn, de la Vallée d’Ossau et du Pays de Nay – cette fréquentation ne se limite plus à la période estivale. Elle s’étend désormais des vacances de printemps jusqu’à l’automne, tout en conservant un pic marqué durant les vacances d’hiver, notamment dans les stations de ski. Cette progression du tourisme en camping-car a mis en lumière des problématiques liées à l’accueil de ces véhicules. Soucieuses de structurer et d’encadrer cette forme de tourisme, les Communautés de communes de la Vallée d’Ossau et du Haut-Béarn ont engagé, dès 2010, l’élaboration d’un schéma d’accueil des camping-cars, visant à améliorer les lieux d’accueil des usagers et à mieux réguler les flux. Un diagnostic territorial, complété par une enquête menée auprès des communes, a permis d’établir un état des lieux précis, servant de base à la définition d’un plan d’actions et à la mise en œuvre de projets structurants. Ces dernières années, le territoire a enregistré une nette augmentation de la fréquentation des camping-caristes, notamment depuis le Covid. Par ailleurs, de nouveaux enjeux sont apparus avec le développement de pratiques émergentes, marquées par une présence croissante de vans aménagés dans les espaces naturels en montagne. Dans ce contexte, la Montagne Béarnaise a souhaité actualiser en 2024 le schéma d’accueil existant. Il est aujourd’hui en cours de finalisation.

Que représentent les camping-caristes sur votre territoire ?
La phase de diagnostic a permis d’estimer à 800 le nombre potentiel de véhicules simultanément présents en haute saison. Le bilan des zones de stationnement a également été réalisé : près de 1 000 places sont utilisées dans le territoire. Pour le territoire de la Montagne Béarnaise, il a été estimé qu’un saison estivale de camping-caristes pourrait représenter jusqu’à 30 000 euros par jour de dépenses. À l’année, le chiffre d’affaires induit par la présence des véhicules de loisirs serait ainsi de 5 millions d’euros.

À Limoges, les camping-caristes sont des ambassadeurs de la ville

Deuxième ville de Nouvelle-Aquitaine après Bordeaux, elle dispose d’une position centrale dans la région. « L’avantage de Limoges, c’est que l’on peut aller partout, souligne Sylvie Rozette, présidente de l’office de tourisme Limoges Métropole et vice-présidente de Limoges Métropole. Nous sommes proches de la campagne, des lacs, des forêts tout en restant une ville très optimisée, reconnue pour la qualité de sa gastronomie au bon rapport qualité-prix. En un week-end on peut visiter des musées, faire du VTT, assister à un match de basket, bénéficier d’une dégustation aux Halles ou encore s’adonner au street fishing* dans la Vienne. Des atouts dont les camping-caristes ne manquent pas de bénéficier. La ville ne dispose pas d’aires d’accueil, mais « ces touristes itinérants s’installent souvent sur les bords de Vienne, à 10 minutes du centre-ville », remarque Sylvie Rozette. À Limoges, les camping-caristes sont les bienvenus et la ville recherche même un emplacement proche du centre pour créer une aire. « Nous prenons en compte cette forme de tourisme dans notre stratégie », poursuit Sylvie Rozette. « Non seulement les camping-caristes ont un pouvoir d’achat non négligeable qui permet de faire travailler notre économie, mais ils sont présents toute l’année. C’est donc une clientèle qui nous intéresse d’autant plus fortement qu’ils jouent un rôle d’ambassadeur auprès de leurs familles et amis. Je crois fortement à cette notion d’ambassadeur pour valoriser l’image de Limoges. Or, une fois que les gens viennent, ils sont conquis et reviennent. »

*Type de pêche récréative qui se pratique dans les zones urbaines telles que les centres-villes.

7 000 camping-caristes à Périgueux (24) en 2025

À Périgueux, outre les places de stationnement classiques, les camping-caristes ont à leur disposition une aire d’accueil d’une quarantaine de places située en bord de l’Isle, à 700 m du centre historique de la ville et à proximité de la voie verte. De quoi séduire les touristes itinérants désireux de découvrir la cathédrale Saint-Front, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, le site musée gallo-romain Vesunna ou encore le musée d’art et d’archéologie du Périgord (MAAP). Une ville qui séduit également les gastronomes avec son marché deux fois par semaine et ses bonnes tables. « C’est une ville à échelle humaine qui plaît beaucoup aux touristes », explique Anne Marchand, première adjointe à la ville de Périgueux, en charge de l’attractivité. « En 2025, nous avons accueilli environ 7 000 personnes séjournant en camping-car. En général, ils restent deux ou trois nuits avant de rayonner. En dehors des périodes de gel, l’aire est ouverte en permanence et c’est un vrai complément à l’offre hôtelière de la ville qui ne se révèle pas toujours suffisante. »

Capbreton (40) souhaite « proposer un accueil adapté, lisible et confortable »

« Les camping-caristes font pleinement partie des clientèles prises en compte par la ville de Capbreton, explique un représentant de la ville. La commune veille à proposer un accueil adapté, lisible et confortable, permettant aux camping-caristes de profiter pleinement de la destination, de ses commerces, de ses marchés, de son port et de ses équipements.
Cette attention se traduit par une aire de camping-cars clairement identifiée ; une complémentarité avec l’offre des campings ; et une organisation globale qui facilite l’accès aux services, aux animations et aux mobilités douces. » Capbreton accueille ainsi les camping-caristes comme des visiteurs à part entière, dans une logique d’équilibre avec l’ensemble des usages et des publics présents sur la commune.

Un accueil à la ferme

France Passion est un réseau permettant aux camping-caristes de stationner gratuitement pour une nuit chez des producteurs, artisans et vignerons partout en France. En échange de l’hospitalité, les voyageurs découvrent les produits locaux et peuvent soutenir les hôtes en achetant directement chez eux. En 2026, 402 étapes sont proposées en Nouvelle-Aquitaine.

À Château-Larcher (86), les camping-caristes financent le patrimoine

Dans la Vienne, Château-Larcher, commune labellisée « Petite cité de caractère » de 1100 habitants, affiche un mode de fonctionnement original. L’aire de 14 places a été mise en délégation auprès d’une association locale, « Les Amis du Patrimoine ». Dans ce cadre, 60 % des recettes sont versées à l’association qui peut ainsi financer la restauration de l’église des XIe-XIIe siècles. De mars à début décembre, les bénévoles passent encaisser la nuitée (10 €), incluant eau, électricité, vidange et sanitaires. « Notre bourg médiéval attire beaucoup de camping-caristes », souligne Sandrine Chaigne, habitante de Château-Larcher et bénévole de l’association. « Soit ce sont des personnes qui profitent d’un voyage Nord/Sud pour faire étape chez nous, soit c’est une clientèle de proximité, notamment issue de l’aire Aventura. »
Cette application de géocaching permet en effet de découvrir la Nouvelle-Aquitaine de manière ludique au travers de 600 parcours de chasse au trésor. Son objectif ? Encourager l’itinérance et dynamiser les territoires. Selon une étude conduite en 2025 par le service tourisme de la Communauté de communes des Vallées du Clain, sur 1 073 questionnaires collectés à Château-Larcher, 63 % des répondants étaient français et 35 % étrangers. De plus, 16 % habitaient à moins de deux heures de route, témoignant ainsi de la vitalité du tourisme intrarégional.