Créé en 1991, VDL Magazine fête ses 35 ans. L’occasion de faire le point sur notre publication avec François Feuillet, président d’UNI VDL durant presque trois décennies, et Michel Freiche, président d’UNI VDL depuis trois ans. Entretien croisé.

Pourquoi avoir créé VDL Magazine ?
Au moment du lancement de ce magazine, les idées négatives sur le camping-car étaient courantes. Le véhicule était considéré comme un pollueur et les camping-caristes comme des profiteurs sans savoir-vivre. Cela créait des réactions de rejet.
Plutôt que d’accueillir les camping-cars, les élus locaux avaient tendance à vouloir les repousser et à leur interdire le stationnement. Ils prenaient toutes sortes de mesures pour empêcher ce type de tourisme. Finalement, ils se privaient d’une activité économique importante.
Les camping-caristes dépensent en effet beaucoup d’argent localement, que ce soit en matière d’approvisionnement, d’achat de produits locaux, de restauration ou de visites culturelles. Il était donc important de lutter contre ces préjugés.
À l’époque, nous organisions des réunions avec les élus, mais cela n’avait qu’un faible impact, car l’on ne touchait qu’un nombre restreint de responsables. D’où la décision de créer une publication sérieuse, structurée et documentée pour informer plus largement les élus.
L’idée avec VDL Magazine n’était pas de créer un simple journal corporatiste destiné aux constructeurs de camping-cars, aux distributeurs ou aux fournisseurs du secteur, mais bien une véritable publication de fond.
L’objectif était de proposer une revue suffisamment solide pour que ses articles puissent éventuellement être repris par d’autres journaux. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit dans les années qui ont suivi.
Quelle en est la vocation ?
La vocation première de VDL Magazine est d’être un outil d’information, de communication et de pédagogie à destination des élus et des décideurs publics.
Son objectif est de permettre une meilleure compréhension des enjeux liés aux véhicules de loisirs – qu’il s’agisse des camping-cars, des caravanes et des mobil-homes – et plus largement d’une forme de tourisme un peu particulière, puisqu’il s’agit d’un tourisme itinérant.
Le magazine vise donc à donner aux élus les éléments nécessaires pour qu’ils puissent prendre des décisions éclairées concernant l’accueil de cette clientèle sur leurs territoires.
Il aborde de nombreux sujets liés à l’accueil des véhicules de loisirs : la législation, les réglementations locales, les bonnes pratiques ou encore les initiatives innovantes de certains élus ou territoires qui peuvent être pris pour exemple par d’autres communes.
Quel lectorat visez-vous ?
Nous diffusons notre magazine auprès des députés, des sénateurs et des élus locaux. Cela étant dit, nous savons que notre publication circule dans les services.
Un même exemplaire est souvent lu par plusieurs personnes au sein des collectivités : mairies, intercommunalités, offices de tourisme, syndicats d’initiative, comités départementaux du tourisme, etc.
C’est important, car la qualité de l’accueil des camping-cars relève aussi de responsables juridiques, de directeurs de services généraux ou d’adjoints en charge de la circulation.
Notre volonté est donc d’informer tous ceux qui, de près ou de loin, sont impliqués dans les décisions prises en matière d’accueil des camping-cars.
Quelles ont été les principales évolutions du magazine ?
Au fil des ans, nous avons opéré des changements au niveau de la maquette. Lors de son lancement, il était un peu austère, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Cependant, sur le fond, nous avons toujours conservé la même ligne éditoriale.
Encore aujourd’hui, l’idée est de montrer en quoi le camping-car satisfait l’envie de liberté et d’évasion de bon nombre de Français, tout en étant un atout pour les communes en matière d’économie touristique.
Ce message est même devenu encore plus important qu’autrefois. Le parc de camping-cars a considérablement augmenté en 35 ans. Dans certaines communes touristiques, la pression est devenue très forte. Si l’accueil n’est pas correctement organisé, cela peut effectivement devenir problématique.
Il faut donc prévoir des aires de stationnement adaptées, proches des lieux de visite. Auparavant, nous défendions l’idée que les camping-cars devaient pouvoir stationner partout, y compris au centre des villes touristiques. Aujourd’hui, notre réflexion a évolué.
Plus personne ne stationne au centre de certaines stations touristiques, pas même les voitures. Il faut donc organiser un accueil équilibré et intelligent.
Le rôle actuel de VDL Magazine consiste donc précisément à expliquer aux collectivités comment tirer profit de cette clientèle, tout en évitant les nuisances ou les tensions avec les habitants.
Quel bilan tirez-vous de ces 35 ans d’expérience éditoriale ?
Le bilan de ces trente-cinq années est très positif. Notre approche a fonctionné, même s’il a toujours été difficile d’évaluer précisément le nombre réel de lecteurs.
Nous avons néanmoins le sentiment que la publication circule largement à l’intérieur des institutions. Par exemple, nous envoyons deux exemplaires à chaque député : un à l’Assemblée nationale et un autre dans sa circonscription. D’après leurs retours, nous savons qu’ils connaissent cette revue et qu’elle est lue.
De toute façon, le travail entrepris relevait du temps long, car nous nous attaquions à toute une série d’idées fausses autour du camping-car.
Les élus ne sont pas quotidiennement plongés dans les problématiques liées au tourisme itinérant. Ce ne sont pas forcément des sujets qu’ils suivent tout au long de l’année. Il est donc utile de maintenir un travail d’information permanent.
Un autre problème est qu’avec les élections municipales, il existe un important renouvellement des élus locaux. Tous les cinq ans, il faut recommencer le travail d’information auprès de nouveaux élus qui arrivent parfois avec les mêmes préjugés que leurs prédécesseurs.
Si cette publication existe toujours, 35 ans plus tard, c’est bien parce qu’elle répond à un véritable besoin. Si nous avions estimé qu’elle n’était pas utile, nous aurions arrêté depuis longtemps.
Avec le recul, VDL Magazine nous a permis d’opérer un très gros travail au niveau de l’accueil. La France bénéficie aujourd’hui d’une excellente réputation en matière d’accueil des camping-cars.
L’offre française est nettement plus développée que dans d’autres pays européens.
Nous accueillons donc énormément de touristes étrangers qui viennent en France parce qu’ils savent qu’ils y trouveront des infrastructures adaptées et un accueil globalement favorable. C’est tout à fait bénéfique pour la balance commerciale française.
Par ailleurs, le fait d’avoir travaillé pendant toutes ces années avec la même maison d’édition a permis d’approfondir progressivement la compréhension des enjeux et des objectifs de cette publication.
Un comité de rédaction se réunit à chaque numéro afin de définir précisément les angles, les formulations et la ligne éditoriale à suivre. Au moment de la publication, ce comité s’assure que les articles respectent bien nos objectifs en matière de qualité de l’information.
Cette continuité et ce suivi permettent de conserver une cohérence intellectuelle forte et une parfaite maîtrise du sujet.
La ligne éditoriale du magazine est-elle appelée à évoluer dans l’avenir ?
La ligne éditoriale doit évidemment s’adapter à l’évolution de l’environnement et des problématiques rencontrées, à l’instar de ce qui s’est produit pour le stationnement.
Aujourd’hui, il n’existe pas de bouleversement majeur nécessitant une transformation profonde du magazine. Mais il est évident que de nouveaux sujets apparaîtront au fil des ans.
Par exemple, lorsque les camping-cars fonctionneront majoritairement à l’énergie électrique, de nouvelles questions se poseront sur les infrastructures de recharge et l’adaptation des aires d’accueil.
Le magazine évoluera donc naturellement en fonction des nouveaux besoins d’information des élus.
Quel sera le défi à relever dans les années à venir ?
Probablement celui de la numérisation de la revue. Le coût du papier et de l’expédition augmente fortement. Il devient donc nécessaire d’évoluer vers des formats numériques, y compris pour des raisons environnementales.
Cependant, cette transition est complexe pour différentes raisons. D’abord, nous connaissons rarement le nom des véritables lecteurs de la publication au sein des collectivités. Nous adressons le magazine à la commune et c’est la personne qui le réceptionne qui le remet au bon interlocuteur.
De plus, la version papier circule naturellement entre les différents services. Pour passer au format numérique, il faudrait trouver un moyen efficace d’atteindre directement les bonnes personnes : responsables juridiques, élus chargés de la circulation, du tourisme ou de l’urbanisme, directeurs de services, etc.
La seconde difficulté est que nos enquêtes de lectorat montrent que nos lecteurs restent très attachés à la version papier du magazine.
Pour toutes ces raisons, nous considérons que l’édition papier conserve aujourd’hui toute son utilité, même si le magazine est d’ores et déjà disponible sur le site internet d’UNI VDL.
François Feuillet
Ancien président d’UNI-VDL
Michel Freiche
Président d’UNI-VDL
